21 janvier 2015

Mes petites salades #2 : Le jardin en hiver.


Il fait de plus en plus froid, et depuis Noël flotte en moi l'impression que le temps ralentit et s'étire doucement. Au-dessus du grand futon, la fenêtre découpe un morceau de ciel dans le toit, et les jours tissent une guirlande d'averses, d'étoiles et de bleu. En contrebas, le jardin semble presque dormir.

Depuis la mi-décembre et le paillage des carrés, j'y mets moins souvent les pieds qu'à l'automne, à part pour une traversée éclair vers le compost caché dans l'angle du fond, sous le laurier. L'hiver recouvre tout. Et pourtant... il suffit d’aiguiser son regard, son ouïe, pour s'apercevoir que le jardin est moins endormi que nous. Chaque matin, les oiseaux qui l'égayent me tirent du sommeil. Sur le pêcher, une mésange bleue. Plus haut, perchées sur l'érable, les trilles d'une grive musicienne.

Mésange

Alors je chausse mes bottes, et m'en vais explorer le soleil d'un petit matin, et vous rapporte quelques images glanées dans les parterres.

Dans les carrés, paillés à l'arrivée des premiers froids, les salades, épinards et herbes aromatiques ont beaucoup de mal à pousser, et devront sûrement être semés de nouveau au printemps. Par contre, les fraisiers résistent bien aux changements de température, et les plants d'oignons et d'ail protecteurs émergent joliment des fétus.

Plant d'oignon

Quelques fleurs vivaces émaillent encore les massifs de leurs couleurs vives, pensées et pâquerettes plantées en octobre, tâches de lumières au pied des arbres et des haies.

Pensée

Pâquerette

A l'ombre du laurier et du cerisier, contre le mur sud du jardin clos, le camélia tend ses robustes feuilles brillantes vers le soleil matinal, ses fleurs roses viennent parfois éclairer la table en de délicats bouquets hivernaux.

Camélia

Déjà, dans chaque parterre, les jacinthes des bois percent la terre, pointent leurs feuilles en pique et se mêlent aux primevères d'automne. Elles envahissent le jardin, promesse d'un printemps bleu. En même temps qu'elles, naissent petit à petit les prémices des jonquilles. Au bord de la mare, l'hémérocalle surgit, et je ne sais pas à quoi m'attendre. J'ai planté quelques bulbes sans connaître la plante, attirée par l'étiquette vendeuse de la boutique, et le rouge profond qui s'y étalait. Ce sera la surprise.


Pour finir, il y a les arbres nus de l'hiver, perchoirs des oiseaux au chant alerte. Les branches marrons et rouges, les troncs lisses et sombres qui se fondent dans la brume ou se profilent sur le ciel vif et froid, et Emily Dickinson, voix claire qui coupe le vent.

Erable

Growth of Man — like Growth of Nature   —
Gravitates within —
Atmosphere, and Sun endorse it —
Bit it stir — alone —
Each — its difficult Ideal
Must achieve — Itself —
Through the solitary prowess
Of a Silent Life —
Effort — is the sole condition —
Patience of Itself —
Patience of opposing forces —
And intact Belief —
Looking on — is the Department
Of its Audience —
But Transaction — is assisted
By no Countenance —
 La Croissance — pour l'Homme ou la Nature —
S'opère à l'intérieur —
Atmosphère, et Soleil la confirment —
Mais elle agit — seule —

A chacun — d'accomplir — Lui —même
Son difficile Idéal —
Par la solitaire prouesse
D'une Vie de Silence —

L'Effort — est l'unique condition —
L'Endurance à Soi —
L'Endurance aux forces adverses —
Et une entière Foi —

Regarder — est le Domaine
De son Public —
Mais la Transaction — n'est vue
De Personne —

Dickinson, Emily. Une Âme en incandescence. Editions José Corti, 2012.

(Un très bel ouvrage déniché sur les étagères de la Librairie Coiffard de Nantes.)


Vous trouverez en haute qualité les photos de cet article et quelques autres sur ma page Flickr sous licence Creative Commons, n'hésitez pas à jeter un oeil !

Lou.

9 janvier 2015

Je suis Charlie.



#jesuischarlie

Je souhaitais écrire un court article pour vous exprimer tous mes vœux pour 2015, mais depuis mercredi, je ne sais plus. Que dire, qu'écrire après l'horreur ? Je suis sans voix, mais je ne veux pas me taire. 

Tuer l'humour, c'est tuer une part de chacun. Je ne peux concevoir un monde sans la liberté de pensée, de m'exprimer, d'écrire, de lire, encore moins un monde où l'on ne pourrait plus rire. L'humour, c'est savoir prendre du recul, et le recul, la mise à distance, participent à la réflexion et à l'intelligence.

Aujourd'hui, j'aimerais que tous, journalistes, dessinateurs, écrivains, blogueurs, internautes, lecteurs, nous continuions à écrire et publier, et surtout à rire, tant que nous le pouvons, et justement parce que nous le pouvons. Nos mots ne changent pas le monde comme nous le souhaiterions, mais le silence tue.

Que nos mots, nos dessins, nos blagues rendent 2015 plus belle, et que l'amour ouvre les yeux de chacun sur les beautés qui nous entourent. Je vous souhaite à tous une heureuse année.

Lou.

Ps : en 2014, il y a eu 66 journalistes, 11 collaborateurs et 19 net-citoyens et citoyens-journalistes tués dans le monde, selon Reporters sans Frontières. N'oublions pas que la liberté de la presse n'est une évidence nulle part.